El esqueleto labrador | Charles Baudelaire

Extraído de Oeuvres complètes de Charles Baudelaire, Paris : Éditions de la Nouvelle revue française, 1918 | Traducción de Rodrigo Arriagada Zubieta | Buenos Aires Poetry, 2020. 

El esqueleto labrador

I

En los grabados de anatomía
que arrastran estos muelles polvorientos
donde muchos libros cadavéricos
duermen como una momia antigua,

Dibujos a los que la solemnidad
y el saber de un viejo artista,
aunque el asunto sea triste,
han impregnado la Belleza

Suelen verse, lo que torna más completos
esos misteriosos horrores,
a Desollados y Esqueletos
cavando como dos labradores,

II

De esa tierra que escarban,
fúnebres y resignados campesinos
con todo el esfuerzo de sus vértebras
y de la piel de sus músculos

Digan ¿qué extraña cosecha arrancaron,
convictos salidos del osario,
y de cual labriego
habrán de reponer el granero?

¿Quieren (¡de un destino insensible,
espantoso y claro emblema!)
mostrar que en la fosa misma
el sueño no es seguro;

Que alrededor la Nada es traidora;
que todo, la muerte incluso, es una patraña
y que sempiternamente
nos será preciso ¡qué desgracia!

En algún país desconocido
cavar la tierra áspera
y empujar una pesada pala
sobre nuestro sangrante pie desnudo?

Le squelette laboureur

I

Dans les planches d’anatomie
Qui traînent sur ces quais poudreux
Où maint livre cadavéreux
Dort comme une antique momie,

Dessins auxquels la gravité
Et le savoir d’un vieil artiste,
Bien que le sujet en soit triste,
Ont communiqué la Beauté,

On voit, ce qui rend plus complètes
Ces mystérieuses horreurs,
Bêchant comme des laboureurs,
Des Écorchés et des Squelettes.

II

De ce terrain que vous fouillez,
Manants résignés et funèbres,
De tout l’effort de vos vertèbres,
Ou de vos muscles dépouillés,

Dites, quelle moisson étrange,
Forçats arrachés au charnier,
Tirez-vous, et de quel fermier
Avez-vous à remplir la grange ?

Voulez-vous (d’un destin trop dur
Épouvantable et clair emblème !)
Montrer que dans la fosse même
Le sommeil promis n’est pas sûr ;

Qu’envers nous le Néant est traître ;
Que tout, même la Mort, nous ment,
Et que sempiternellement,
Hélas ! il nous faudra peut-être

Dans quelque pays inconnu
Écorcher la terre revêche
Et pousser une lourde bêche
Sous notre pied sanglant et nu ?

Extraído de Oeuvres complètes de Charles Baudelaire, Paris : Éditions de la Nouvelle revue française, 1918 | Traducción de Rodrigo Arriagada Zubieta | Buenos Aires Poetry, 2020.