Los vencidos | Paul Verlaine

PAUL VERLAINE, Œuvres poétiques complètes, Édition d’Y.-G. Le Dantec avec la collaboration de Jacques Borel, Collection Bibliothèque de la Pléiade (n° 47), Gallimard | Traducción de Juan Arabia para Buenos Aires Poetry, 2021.

Los vencidos

A Louis-Xavier de Ricard.

La Vida es triunfante y el Ideal ha muerto,
Y ahora, gritando su alegría al viento que pasa,
El caballo embriagado del vencedor aplasta y muerde
A nuestros hermanos, quienes al menos cayeron con gracia.

Y nosotros, que sobrevivimos a la derrota, ¡ay!
Pies desgarrados, ojos nublados, cabeza pesada,
Sangrando, miopes, embarrados, deshonrados y cansados
Vamos, penosamente ahogando un lamento sordo,

¡Vamos, al azar de la tarde y del camino,
Como los asesinos y los infames,
Viudos, huérfanos, sin hogar ni hijos ni mañana,
A la luz de los bosques familiares en llamas!

¡Ah!, ya que nuestra suerte es tan completa que finalmente
La esperanza resulta nula, la derrota es segura,
Y el mayor esfuerzo resulta en vano,
Y como todo ha terminado, incluso nuestro odio,

Quedando sin nada en la hora en que cae la noche,
Abjurando toda risible esperanza de funerales,
Sólo nos queda morir oscuramente, sin ruido,
Como corresponde a los vencidos de las supremas batallas.

Les vaincus

À Louis-Xavier de Ricard.

La Vie est triomphante et l’Idéal est mort,
Et voilà que, criant sa joie au vent qui passe,
Le cheval enivré du vainqueur broie et mord
Nos frères, qui du moins tombèrent avec grâce.

Et nous que la déroute a fait survivre, hélas !
Les pieds meurtris, les yeux troubles, la tête lourde,
Saignants, veules, fangeux, déshonorés et las,
Nous allons, étouffant mal une plainte sourde,

Nous allons, au hasard du soir et du chemin,
Comme les meurtriers et comme les infâmes,
Veufs, orphelins, sans toit, ni fils, ni lendemain,
Aux lueurs des forêts familières en flammes !

Ah ! puisque notre sort est bien complet, qu’enfin
L’espoir est aboli, la défaite certaine,
Et que l’effort le plus énorme serait vain,
Et puisque c’en est fait, même de notre haine,

Nous n’avons plus, à l’heure où tombera la nuit,
Abjurant tout risible espoir de funérailles,
Qu’à nous laisser mourir obscurément, sans bruit,
Comme il sied aux vaincus des suprêmes batailles.

PAUL VERLAINE, Œuvres poétiques complètes, Édition d’Y.-G. Le Dantec avec la collaboration de Jacques Borel, Collection Bibliothèque de la Pléiade (n° 47), Gallimard | Traducción de Juan Arabia para Buenos Aires Poetry, 2021.