Las viejecitas | Charles Baudelaire

Extraído de Oeuvres complètes de Charles Baudelaire, Paris : Éditions de la Nouvelle revue française, 1918 | Traducción de Rodrigo Arriagada Zubieta | Buenos Aires Poetry, 2020. 

Las viejecitas

A Victor Hugo.

I

En los sinuosos pliegues de las viejas ciudades,
donde todo, incluso el horror, se vuelve seductor,
yo acecho, obcecado en mis turbios humores,
a estos seres singulares, encantadores y decrépitos.

Estos monstruos dislocados fueron mujeres antaño,
¡Lais o Eponine! Rotos, jorobados,
torcidos monstruos. ¡Amémoslas! Todavía son almas.
Bajo agujereadas enaguas, bajo fríos tejidos

se arrastran, flageladas por cierzos inclementes,
temblando ante el estruendo rodante de los ómnibus,
y apretando al costado, igual que una reliquia,
un bolsillo bordado de flores o acertijos.

Destartaladas, al modo de las marionetas;
se arrastran, como animales heridos,
o danzan, sin querer danzar, ¡pobres cascabeles
donde cuelga un Demonio despiadado! Por rotas
que estén, sus miradas penetran cual taladros,
brillantes agujeros donde el agua duerme de noche;
son los ojos divinos de la niña
que se asombra y ríe ante todo lo que brilla.

− ¿Has visto que muchos ataúdes de viejas
son casi tan minúsculos como los de un niño?
Sabia Muerte que pone en cajas semejantes
el símbolo de un gusto bizarro y cautivante,

y cuando entreveo un débil fantasma
atravesar el cuadro hormigueante de París,
siempre me figuro que esa frágil criatura
marcha lentamente hacia una nueva cuna;

a menos que, meditando sobre la geometría,
no me percate, obnubilado por estos miembros discordes,
cuántas veces precisa el ebanista variar
la forma de la caja donde van a parar esos cuerpos.

−Esos ojos son pozos de millones de lágrimas,
crisoles que un metal enfriado revistió…
¡Esos ojos poseen misteriosos encantos
para quien se ha nutrido de austera desgracia!

II

Vestal enamorada del antiguo Frascati;
sacerdotisa de Talía, ¡Ay! cuyo nombre
el difunto apuntador conoce; célebre evaporada
que otrora el Tívoli sombreaba en su flor,

¡Todas me embriagan! Pero entre estas frágiles
las hay quienes, haciendo del dolor una miel,
han proferido al Sacrificio que les prestó sus alas:
“¡Elévame al cielo, poderoso Hipógrifo!”

La una, por su patria experta en la desgracia,
la otra, a quien su esposo abrumó en dolores,
la otra, Madona a quien su hijo atravesó el pecho,
¡Podrían todas dar cauce a un río con sus lágrimas!

III

¡A cuántas de estas viejecitas he seguido!
Sobre todo a una que, cuando el sol ya agonizante
ensangrienta el cielo de heridas rojizas,
se sentaba apartada en un banco, pensativa

para oír uno de esos conciertos metálicos
con que los soldados inundan los parques,
y que en tardes doradas en las que uno renace
insuflan heroísmo en el corazón de los ciudadanos.

A esa, que aún erguida, con olor a hembra,
inhalaba ávidamente ese vivo y belicoso canto;
cuyo ojo se abría como el de un águila vieja;
¡Cuya marmórea frente parecía hecha de laurel!

IV

Así caminan, estoicas y sin quejas,
atravesando el caos de ciudades vivientes,
madres de corazones ensangrentados, cortesanas o santas,
cuyos nombres todo el mundo supo alguna vez.

A ustedes que fueron la gracia o la gloria
¡Ninguno las reconoce! Algún borracho incívico
las insulta al pasar con su amor irrisorio;
un niño vil y cobarde brinca tras sus pasos.

Avergonzadas de existir, sombras entrecortadas,
medrosas, cabizbajas, y rozando los muros;
ya nadie las saluda ¡Extraño destino!
¡Restos de lo humano maduros para la eternidad!

Pero yo, que de lejos tiernamente vigilo,
con mirada inquieta clavada en sus pasos vacilantes,
lo mismo que si fuera un padre, ¡Oh, milagro!
sin que lo noten, experimento un placer clandestino:

Veo cómo sus pasiones novicias florecen;
oscuros o luminosos; sus días perdidos;
¡Mi corazón expandido disfruta todos sus vicios!
¡Con sus virtudes resplandece mi alma!

¡Ruinas! ¡Mi familia! ¡Cerebros congéneres!
¡Cada noche me despido con un solemne adiós!
¿Dónde estarán mañana, Evas octogenarias,
sobre quienes pesa la terrible garra de Dios?

Les petites vieilles

À Victor Hugo.

I

Dans les plis sinueux des vieilles capitales,
Où tout, même l’horreur, tourne aux enchantements,
Je guette, obéissant à mes humeurs fatales
Des êtres singuliers, décrépits et charmants.

Ces monstres disloqués furent jadis des femmes,
Éponine ou Laïs! Monstres brisés, bossus
Ou tordus, aimons-les! Ce sont encor des âmes.
Sous des jupons troués et sous de froids tissus

Ils rampent, flagellés par les bises iniques,
Frémissant au fracas roulant des omnibus,
Et serrant sur leur flanc, ainsi que des reliques,
Un petit sac brodé de fleurs ou de rébus;

Ils trottent, tout pareils à des marionnettes ;
Se traînent, comme font les animaux blessés,
Ou dansent, sans vouloir danser, pauvres sonnettes
Où se pend un Démon sans pitié! Tout cassés

Qu’ils sont, ils ont des yeux perçants comme une vrille,
Luisants comme ces trous où l’eau dort dans la nuit;
Ils ont les yeux divins de la petite fille
Qui s’étonne et qui rit à tout ce qui reluit.

−Avez-vous observé que maints cercueils de vieilles
Sont presque aussi petits que celui d’un enfant?
La Mort savante met dans ces bières pareilles
Un symbole d’un goût bizarre et captivant,

Et lorsque j’entrevois un fantôme débile
Traversant de Paris le fourmillant tableau,
Il me semble toujours que cet être fragile
S’en va tout doucement vers un nouveau berceau;

A moins que, méditant sur la géométrie,
Je ne cherche, à l’aspect de ces membres discords,
Combien de fois il faut que l’ouvrier varie
La forme de la boîte où l’on met tous ces corps.

− Ces yeux sont des puits faits d’un million de larmes,
Des creusets qu’un métal refroidi pailleta…
Ces yeux mystérieux ont d’invincibles charmes
Pour celui que l’austère Infortune allaita!

II

De Frascati défunt Vestale enamourée;
Prêtresse de Thalie, hélas! dont le souffleur
Enterré sait le nom ; célèbre évaporée
Que Tivoli jadis ombragea dans sa fleur,

Toutes m’enivrent! mais parmi ces êtres frêles
Il en est qui, faisant de la douleur un miel
Ont dit au Dévouement qui leur prêtait ses ailes:
Hippogriffe puissant, mène-moi jusqu’au ciel!

L’une, par sa patrie au malheur exercée,
L’autre, que son époux surchargea de douleurs,
L’autre, par son enfant Madone transpercée,
Toutes auraient pu faire un fleuve avec leurs pleurs!

III

Ah! que j’en ai suivi de ces petites vieilles!
Une, entre autres, à l’heure où le soleil tombant
Ensanglante le ciel de blessures vermeilles,
Pensive, s’asseyait à l’écart sur un banc,

Pour entendre un de ces concerts, riches de cuivre,
Dont les soldats parfois inondent nos jardins,
Et qui, dans ces soirs d’or où l’on se sent revivre,
Versent quelque héroïsme au coeur des citadins.

Celle-là, droite encor, fière et sentant la règle,
Humait avidement ce chant vif et guerrier;
Son oeil parfois s’ouvrait comme l’oeil d’un vieil aigle;
Son front de marbre avait l’air fait pour le laurier!

IV

Telles vous cheminez, stoïques et sans plaintes,
A travers le chaos des vivantes cités,
Mères au coeur saignant, courtisanes ou saintes,
Dont autrefois les noms par tous étaient cités.

Vous qui fûtes la grâce ou qui fûtes la gloire,
Nul ne vous reconnaît! un ivrogne incivil
Vous insulte en passant d’un amour dérisoire;
Sur vos talons gambade un enfant lâche et vil.

Honteuses d’exister, ombres ratatinées,
Peureuses, le dos bas, vous côtoyez les murs;
Et nul ne vous salue, étranges destinées!
Débris d’humanité pour l’éternité mûrs!

Mais moi, moi qui de loin tendrement vous surveille,
L’oeil inquiet, fixé sur vos pas incertains,
Tout comme si j’étais votre père, ô merveille!
Je goûte à votre insu des plaisirs clandestins:

Je vois s’épanouir vos passions novices;
Sombres ou lumineux, je vis vos jours perdus;
Mon coeur multiplié jouit de tous vos vices!
Mon âme resplendit de toutes vos vertus!

Ruines! ma famille! ô cerveaux congénères!
Je vous fais chaque soir un solennel adieu!
Où serez-vous demain, Eves octogénaires,
Sur qui pèse la griffe effroyable de Dieu?

Poesía Francia | Buenos Aires Poetry, 2021  Retrato de Charles Baudelaire (1821-1867), hacia 1858. ADOC-PHOTOS (GETTY IMAGES)