[Carta a Ernest Delahaye de junio de 1872] Arthur RIMBAUD

Extraído de Arthur RIMBAUD, Œuvre Complètes. Poésie, prose et correspondance. Introduction, chronologie, édition, notices et bibliographie par ©Pierre Brunel, Le Livre de Poche — La Pochothèque, Clermont-Ferrand, 2010, pp. 355-357. Selección y traducción de ©Juan Arabia, 2016. 

 

[Carta a Ernest Delahaye de junio de 1872]
A Charleville.
Parmerde [París]. Junio.

 

Buen amigo,

Sí, es sorprendente la existencia en el cosmorama (…).

Ahora trabajo de noche. Desde las cero horas hasta las cinco de la mañana. El mes pasado, mi habitación de la calle Monsieur-le-Prince tenía vista a un jardín del liceo Saint-Louis. Había enormes árboles bajo mi estrecha ventana. A las tres de la madrugada la vela empalideció; todas las aves gritan en los árboles: todo termina. Termina el trabajo. Tenía que mirar los árboles, el cielo, capturados por esta hora indescriptible, primera de la mañana. Veía los dormitorios del liceo, absolutamente sordos. Y el ruido ya entrecortado, sonoro, de los deliciosos volquetes en los bulevares. Yo fumaba mi pipa y escupía sobre los tejados, porque mi habitación era un dormitorio del ático. A las cinco de la mañana, bajaba a comprar algo de pan; es la hora. Los obreros están en movimiento en todas partes. Para mí es la hora de emborracharse con los comerciantes de vino. Luego regresaba para comer algo y me acostaba a las siete de la mañana, cuando el sol hacía salir a los bichos bolita de debajo de los tejados. El principio de la mañana en verano y las tardes de diciembre, eso es lo que siempre me ha gustado de aquí.

Pero en este momento tengo una bonita habitación que da a un patio sin fondo de tres metros cuadrados. La esquina da a la calle Victor Cousin, en la plaza de la Sobornne por el café Bas-Rhin, con vistas a la calle Soufflot en el otro extremo. Allí tomo agua toda la noche, no veo la mañana, no duermo y no puedo respirar. Y así están las cosas.

¡Sin duda está concedido su reclamo! No olvides de cagarte en La Renaissance, revista literaria y artística, si es que la encuentras. He evitado hasta ahora las pestes de emigrantes de caropolmerdés [emigrantes de Charleville en París]. Y mierda y coraje para las estaciones.

 

Coraje.

R.

Rue Victor-Cousin, Hôtel de Cluny.

***

 

[À Ernest Delahaye, juin 1872]

à Charleville.

Parmerde, Jumphe

Mon ami,

Oui, surprenante est l’existence dans le cosmorama (…).

Maintenant, c’est la nuit que je travaince. De minuit à cinq heures du matin. Le mois passé, ma chambre, rue Monsieur-le-Prince, donnait sur un jardin du lycée Saint-Louis. Il y avait des arbres énormes sous ma fenêtre étroite. A trois heures du matin, la bougie pâlit; tous les oiseaux crient à la fois dans les arbres: c’est fini. Plus de travail. Il me fallait regarder les arbres, le ciel, saisis par cette heure indicible, première du matin. Je voyais les dortoirs du lycée, absolument sourds. Et déjà le bruit saccadé, sonore, délicieux des tombereaux sur les boulevards. – je fumais ma pipe-marteau, en crachant sur les tuiles, car c’était une mansarde, ma chambre. A cinq heures, je descendais à l’achat de quelque pain; c’est l’heure. Les ouvriers sont en marche partout. C’est l’heure de se soûler chez les marchands de vin, pour moi. je rentrais manger, et me couchais à sept heures du matin, quand le soleil faisait sortir les cloportes de dessous les tuiles. Le premier matin en été, et les soirs de décembre, voilà ce qui m’a ravi toujours ici.

Mais en ce moment, j’ai une chambre jolie, sur une cour sans fond, mais de trois mètres carrés. – La rue Victor-Cousin fait coin sur la place de la Sorbonne par le café du Bas-Rhin et donne sur la rue Soufflot, à l’autre extrémité. – Là, je bois de l’eau toute la nuit, je ne vois pas le matin, je ne dors pas, j’étouffe. Et voilà.

Il sera certes fait droit à ta réclamation! N’oublie pas de chier sur La Renaissance, journal littéraire et artistique, si tu le rencontres. J’ai évité jusqu’ici les pestes d’émigrés caropolmerdés.  Et merde aux saisons et colrage.

 

Courage.

R.

Rue Victor-Cousin, Hôtel de Cluny.