El Alma del Vino | Charles Baudelaire

Extraído de Oeuvres complètes de Charles Baudelaire, Paris : Éditions de la Nouvelle revue française, 1918, pp. 181-182 | Traducción de Rodrigo Arriagada Zubieta, Buenos Aires Poetry, 2020. 

El Alma del Vino

Una noche, cantó el alma del vino en las botellas.
Hombre, hacia ti elevo, querido desheredado,
bajo mi vítrea prisión y mis rojizos lacres
una canción repleta de luz y fraternidad.

Yo sé lo que cuesta, en la colina en llamas,
dolerse y sudar bajo un sol abrasador
para engendrar mi vida y darme el alma;
pero no seré ingrato ni perjudicial.

Porque siento inmensa alegría cuando caigo
en la garganta del hombre consumido por su labor,
y su cálido pecho es un dulce sepulcro
que me complace más que la frescura de mis bodegas.

¿Escuchas resonar los cantos del domingo
y la esperanza que trina en mi pecho palpitante?
Los codos sobre la mesa y arremangado,
me glorificarás y serás dichoso.

Yo iluminaré los ojos de tu mujer arrebatada;
devolveré a tu hijo sus colores y la fuerza
y para ese frágil atleta de la vida seré
el aceite que pule los músculos del luchador.

Y caeré en ti, vegetal ambrosía,
extraño grano que arroja el eterno Sembrador;
para que de nuestro amor nazca la poesía
que se alzará hacia Dios como una rara flor.

L’Ame du Vin

Un soir, l’âme du vin chantait dans les bouteilles:
«Homme, vers toi je pousse, ô cher déshérité,
Sous ma prison de verre et mes cires vermeilles,
Un chant plein de lumière et de fraternité!

Je sais combien il faut, sur la colline en flamme,
De peine, de sueur et de soleil cuisant
Pour engendrer ma vie et pour me donner l’âme;
Mais je ne serai point ingrat ni malfaisant,

Car j’éprouve une joie immense quand je tombe
Dans le gosier d’un homme usé par ses travaux,
Et sa chaude poitrine est une douce tombe
Où je me plais bien mieux que dans mes froids caveaux.

Entends-tu retentir les refrains des dimanches
Et l’espoir qui gazouille en mon sein palpitant?
Les coudes sur la table et retroussant tes manches,
Tu me glorifieras et tu seras content;

J’allumerai les yeux de ta femme ravie;
À ton fils je rendrai sa force et ses couleurs
Et serai pour ce frêle athlète de la vie
L’huile qui raffermit les muscles des lutteurs.

En toi je tomberai, végétale ambroisie,
Grain précieux jeté par l’éternel Semeur,
Pour que de notre amour naisse la poésie
Qui jaillira vers Dieu comme une rare fleur!»

Extraído de Oeuvres complètes de Charles Baudelaire, Paris : Éditions de la Nouvelle revue française, 1918, pp. 181-182 | Traducción de Rodrigo Arriagada Zubieta, Buenos Aires Poetry, 2020.