El libro póstumo (Le livre posthume) | Paul Verlaine

Paul VERLAINE, El libro póstumo, Colección Abracadabra, Buenos Aires Poetry, Agosto, Buenos Aires, 2020. Traducción y prólogo de Juan Lebrun | Œuvres posthumes, Messein, , Premier volume.

El libro póstumo

El poeta acabó su tarea.
……………………………………….No el hombre.
El uno se nutre del son autoral, que es su nombre,
cuenta sus triunfos sinceros o ficticios,
desde el debut humilde y las castas primicias
hasta sus últimos versos, ¡que siente muy fatigados!
El tiempo ya no es unos bellos y alegres madrigales
de la elegía de giro voluptuoso y tierno,
de la oda de vuelo vencedor,
del soneto que, al oírlo,
(el poeta) habría creído de Petrarca, pero mejor.
Él querría, y de buena fe, envejeciendo,
que todo fuera dicho para él sin medrar más su gloria,
confiando eso a la humana memoria.
Es un corazón, un espíritu, un alma retirados,
guardián del ocio de sus dos inmortalidades;
más cuidadoso, sin embargo,
de algún ardor que le alumbra,
que de su alma, y más aún de su pluma.

Para el hombre, –aparte el poeta, la lira y el laúd–,
descuidando su «hola»,
quizá tanto como ese poeta, que es él mismo,
su rol puede verse solo parcial. El problema
de su vida, que no ha resuelto ni un poco,
que no está seguro de lo que sea frente a Dios.
Su memoria nada dice que le consuele
o le desuele o lo que sea. Su palabra vacila,
y la acción parece extirpada en su brazo.
Pero la voluntad,
para todos perplejamente indecisa,
traba, remordimiento quizá, sin duda lo mejor buscando
o harto, persiste y venda y tiende toda su cabeza.
Él vive y pretende vivir, y mucho tiempo,
y no está feliz por sus deseos contentos.
De fuego sus pasiones, en tanto que son fuegos
no satisfechos.
Él aspira mejor que las colas
de cometas, ¡y es el sol que a él le hace
la felicidad!…
……………………….Y aquí que a esta hora prevalece
en la existencia de este hombre toda ternura,
el amor, él que tiene la mejor amante,
goce, bondad, razón, y que él ama muriendo
por su ausencia, si ese riesgo iba a correr
(¿mas ella no se irá, dices, querida?).
Ahora bien, desde que la humilde y recta Musa está aquí
(el canto y el consejo), es curioso que él
gane en cordialidad cuanto pierde en sutileza.
Él se interesa en toda cosa, ¿en el error? ¿Puede ser?
Tanto y mejor que en el arte que fue especial maestra
de esa mente opresora, orgullosa antes,
y ahora dulce, tolerante, un paraíso;
un cómodo cuarto, y cálido y fresco,
fresco como un bosque, cálido como un pesebre,
para toda simple idea y todo razonamiento claro,
y para toda gentileza, de buena forma.

Bajo esta musa, amable y fina inspiratriz,
y al mismo tiempo, infinitamente dominante
dentro del sentido, lo mejor y más alto de la palabra,
el hombre es el poeta en la forma calma que debe,
y el libro que va a venir después de tantos otros,
donde la Virtud vuela, donde el Vicio se revuelca,
se va apacible, honesto, bajo tu ley,
mujer en que el poeta y el hombre han puesto su fuego.

Le livre posthume

Le poète a fini sa tâche.
……………………………………….L’homme, non.
L’un se repaît du bruit fait autour de son nom,
Il compte ses succès sincères ou factices,
Depuis l’humble début et les chastes prémices
Jusqu’à ses derniers vers, qu’il sent bien fatigués !
Le temps n’est plus des madrigaux jolis et gais,
De l’élégie au tour voluptueux et tendre,
De l’ode au vol vainqueur, du sonnet qu’à l’entendre
(Le poète) on eût cru du Pétrarque, mais mieux.
Il voudrait, et de bonne foi, se faisant vieux,
Que tout fût dit pour lui sans plus pousser sa gloire,
S’en fiant là-dessus à l’humaine Mémoire.
C’est un cœur, un esprit, une âme retraités,
Soignant à loisir ses deux immortalités,
Plus soucieux pourtant, quelque ardeur qui l’allume,
Quant à son âme, encor de celle de sa plume.

Pour l’homme, – le poète à part et lyre et luth
Bien écartés, – mal occupé de son « salut »
Peut-être autant que ce poète qu’est lui-même,
Son rôle n’est joué qu’à demi, le problème
De sa vie, il ne l’a résolu que si peu
Qu’il n’est pas sûr de quoi que ce soit devant Dieu.
Sa mémoire ne lui dit rien qui le console
Ou le désole, ou quoi que ce soit. Sa parole
Hésite, et l’action semble ôtée à son bras.
Pourtant la volonté, parmi tous embarras,
Ennui, remords peut-être, à coup sûr vœux en quête
Ou las, persiste et bande et tend toute sa tête.
Il vit et prétend vivre, et cela très longtemps,
Et non pas être heureux de par ses vœux contents.
Au feu ses passions, en tant pourtant que feues,
Satisfaites, non, il aspire à mieux qu’aux queues
Des comètes, et c’est le soleil qu’il lui faut,
Le bonheur !…
……………………….Et voici qu’à cette heure prévaut,
Dans l’existence de cet homme tout tendresse,
L’amour, et qu’il a bien la meilleure maîtresse,
Gaîté, bonté, raison, et qu’il aime à mourir
De son absence, si ce risque allait courir
(Mais elle ne s’en ira pas, dis, ma chérie ?).
Or, depuis qu’elle est là, l’humble et droite Égérie,
Le charme et le conseil, c’est curieux ce qu’il
Gagne en cordial de ce qu’il perd en subtil.
Il s’intéresse à toute chose, à tort ? peut être ?
Autant et mieux qu’à l’art qui fut l’unique maître
De ce cerveau despotiquement fier jadis,
Et maintenant doux, tolérant, un paradis ;
Une chambre commode, et bien chaude, et bien fraîche,
Fraîche comme un bosquet, chaude comme une crèche,
Pour toute simple idée et tout raisonnement
Clair, et pour toute gentillesse, bonnement.

Sous cette muse, aimable et fine inspiratrice,
En même temps qu’infiniment dominatrice
Dans le sens le meilleur et le plus haut du mot,
L’homme reste poète au sens calme qu’il faut,
Et le livre qui va venir après tant d’autres,
Où, Vertu, vous planez, où, Vice, tu te vautres,
S’en va paisiblement, honnête, sous ta loi,
Femme en qui le poète et l’homme ont mis leur foi.