Una correspondencia entre T.S.Eliot y Paul Valéry – (1923)

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6 de noviembre de 1923

The Criterion, 17 Thavies Inn

Mi querido Valéry,

    Infinitas gracias por su encantadora carta, que me dio tanto placer que oso responderle en francés. A pesar de que por desgracia nunca he hablado o escrito bien en francés, prefiero emplearlo al dialogar con las personas con las que tengo simpatía, porque su lengua me da una cierta libertad mental y de sentimientos que el inglés me niega. En todo caso, me encuentro menos incómodo.

   Me di cuenta de que no tenía apuntes en su Conferencia, pero debo felicitarlo por el prestigioso éxito con el cual ha llenado un vacío que no se sospechaba, fuese efectivamente la improvisación, si no era una improvisación, de un hombre que conoce su tema a fondo y que puede tratarlo desde un punto de vista personal. Pero esperaba que usted consintiese en redactar algunas de sus ideas sobre un tema al que, lo sabe, atribuyo una importancia capital para la poesía. Sé que en su vida tiene poco tiempo para tales escritos secundarios, pero si consiente en dejar aparecer aquí sus ideas sobre Baudelaire, puedo asegurarle un éxito rotundo.

    Usted intenta bastante hábilmente distraerme con su Pascal. Envíemelo, se le ruego. Pero no crea que me hará olvidar lo otro.

    Espero buscarlo en París dentro de unos meses.

    Reciba, mi querido Valéry, la expresión de mi viva simpatía y también de mi profunda admiración.

–T.S.Eliot

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17 de noviembre de 1923

40, rue de Villejust, Paris XVI

Mi querido Eliot,

   Escribe en francés de manera deliciosa. ¡Es una revelación! Le confieso que hablo de usted aquí cada vez que la ocasión se presenta — o que la provoco…

   En este momento leo The Waste Land, que es un extraño mundo lírico. La singular combinación de lo antiguo y lo moderno da efectos que no he hallado aún en ninguna parte, y me parece que la música con la cual envuelve su sombría y erudita fantasía está, como me gusta, siempre presente y viva. Le agradezco por haberme enviado estos poemas, cuyo aspecto físico, por otra parte, es encantador. Los Woolfs trabajan muy bien.

   Envío en esta carta el Pascal con mala fama. Haga lo que quiera con él.

   Supe que mi conferencia sobre Hugo había dejado gente descontenta en Londres. Uno de mis amigos, que es crítico, recibió una carta anónima e indignada, conteniendo un artículo indignado y anónimo de la Crónica de Londres… Parece que dije horrores sobre Hugo.

   Mi Baudelaire sigue estando en alguna parte en el universo. Creo que usted tuvo una alucinación en lo de la señora Morley porque solo recuerdo un agujero en mis pensamientos, y es ese agujero que fue bautizado conferencia.

   Tengo efectivamente apuntes sobre la literatura. Están perdidos en los cuadernos que lleno de fantasías desde hace treinta años. Intento, en este momento, tener una dactilógrafa para cortar y ordenar este caos. Si puedo organizar esta operación colonial, encontraré, pienso, algo para el Criterion.

   Hasta luego, querido Eliot, no olvide venir a París. Le estrecho las manos con la simpatía más grande.   


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6 November 1923

The Criterion, 17 Thavies Inn

Mon cher Valéry,

   Merci infiniment pour votre charmante lettre, qui m’a donné tant de plaisir, que j’ose vous répondre en français. Quoique je n’ai jamais, hélas! bien parlé ou écrit en langue française je préfère l’employer en causant avec les personnes qui me sont sympathiques, parce que votre langue me donne une certaine liberté d’esprit et de sentiments que la langue anglaise me réfuse. En tout cas je me trouve moins gêné.

   Je me suis bien aperçu que vous n’aviez pas de notes à votre Conférence mais je dois vous féliciter du succès prestigieux avec lequel vous avez comblé un vide qu’on ne soupçonnait pas, c’était bien l’improvisation, si ce n’était une improvisation, d’un homme qui connaît son sujet à fond et qui peut le traiter d’un point de vue personnel. Mais j’espérais que vous consentiriez rédiger quelques unes de vos idées sur un sujet auquel, vous le savez, j’attribue une importance capitale pour la poésie. Je sais bien que dans votre vie vous avez peu de temps pour de tels parerga, mais si vous consentez à laisser paraître ici vos idées sur Baudelaire je peux vous assurer un succès retentissant.

   Vous cherchez assez adroitement de me distraire avec votre Pascal; envoyez-le moi je vous en prie; mais ne croyez pas que vous me ferez oublier l’autre.

   J’espère bien vous chercher à Paris dans quelques mois.

   Recevez, mon cher Valéry, l’expression de ma vive sympathie et également de mon admiration profonde.

–T.S.Eliot

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17 Novembre 1923

40, rue de Villejust, Paris XVI

Mon cher Eliot,

   Vous écrivez délicieusement en français. C’est une révélation! Je vous avoue que je parle de vous ici, toutes les fois que l’occasion s’en présente — ou que je la crée…

   Je lis en ce moment The Waste Land qui est un étrange monde lyrique. La combinaison singulière de l’antique et du moderne donne des effets que je n’ai trouvé nulle part encore, et il me semble que la musique dont vous enveloppez votre sombre et érudite fantaisie soit, comme j’aime, toujours présente et vivante. Je vous remercie beaucoup de m’avoir envoyé ces poèmes, dont le physique, d’ailleurs, est charmant. Les Woolfs travaillent fort bien.

   Je vous mets sous ce pli le Pascal mal famé. Vous en ferez ce que vous voudrez.

   J’ai appris que ma conférence sur Hugo avait fait des mécontents à Londres. Un de mes amis, qui est critique, a reçu une lettre anonyme et indignée, contenant un article indigné et anonyme de la Chronique de Londres… Il paraît que j’ai dit des des horreurs sur Hugo.

   Mon Baudelaire est toujours quelque part dans l’univers. Je crois que vous avez eu une hallucination chez Mrs. Morley car je ne me souviens que d’un trou dans mes pensées, et c’est ce trou qui fut baptisé conférence.

   J’ai bien des notes sur la littérature. Elles sont perdues dans les cahiers que je remplis de rêveries depuis trente ans. J’essaye, en ce moment, d’avoir une dactylo pour couper et débrouiller ce chaos. Si je puis organiser cette opération coloniale, je trouverais, je pense, quelque chose pour le Criterion.

   Au revoir, cher Eliot, n’oubliez pas de venir à Paris. Je vous serre les mains avec la plus grande sympathie.

–Paul Valéry


Extraído de T.S.ELIOT, The Letters fo T.S.Eliot , Volume 2, 1923-1925, Edited by Valerie Eliot and Hugh Hughton, Yale University Press, New Haven, 2011. Traducción de Mariano Rolando Andrade, 2018.