L’OCÉAN AVARE • de Juan Arabia • Traducción de Jean Portante •

Ouvrage publié en coproduction
avec le festival de poésie de Sète
VOIX VIVES, de Méditerranée en Méditerranée.

Recueil consacré à un poète invité à l’édition 2018 du festival.
traduit de l’espagnol – Argentine – par Jean Portante
VOIX VIVES
de Méditerranée en Méditerranée
Al Manar
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L’OCÉAN AVARE

EL OCÉANO AVARO

JUAN ARABIA

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AFUERA ESTÁ LA SERPIENTE

Afuera está la serpiente, siguiendo el mismo camino.

Con reglas dentro de reglas, ahora muriendo por sombrero.

Con ricos y pobres con los mismos odios, las mismas sonrisas.
Con los mismos intereses en la guerra.

Esta es la única guerra. Nunca termina.
Antes los países pensaban que las reglas formarían nuevos mundos,

pero ahora la guerra tiene un rostro individual.
Así la serpiente crece con esto.

Es como un lenguaje, una prisión,
el aire entero del bosque lleno de lluvia.

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*

DEHORS IL Y A LE SERPENT

Dehors il y a le serpent, poursuivant le même chemin.
Avec des règles à l’intérieur des règles, mourant désormais par en haut.

Avec riches et pauvres et les mêmes haines, les mêmes sourires.
Avec les mêmes intérêts pour la guerre.

Ceci est la seule guerre. Elle ne finit jamais.
Avant les pays pensaient que les règles créaient de nouveaux mondes,

mais à présent la guerre a un visage individuel.
Ainsi le serpent grandit avec tout ça.

Il est comme un langage, une prison,
l’air entier de la forêt remplie de pluie.

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EL OCÉANO AVARO

Y el que permanece en amor permanece en Dios, o sin él.
No hay todavía una criatura viva que no haya sido ni buena ni mala.
Defensor de la verdad, Rimbaud trenzó en el cielo su estadía.
Mientras dormía: la brasa de lo que comíamos ayer.
Voy a ir a Charleville con plata prestada desde el cielo.

Matar al individuo, a la experiencia… Soltar una lágrima. Disimularla.
Vivir en la hermandad del silencio… Perpetuo.
Quiero escribir con el corazón, y olvidar lo que estoy haciendo.
Quiero escribir como el aire es en el mundo.
El océano es avaro, decía el que multiplicó a la ciencia
y la acorraló en una ventana iluminada por el sol:
haciendo explotar los conductos que unen la ballena con el cielo.
Más tarde, la corona no alcanzó la montaña:
y guiñaron el ojo con la complicidad de un padre.
No fueron sus amigos quienes traicionaron
— una o dos ideas despiertas — la primera mañana.

Siempre existe una metáfora que se parece más al propietario de la tierra:
encerrar al animal, dejarlo comer y beber;
no sólo para que reproduzca su piel:
el campo es verde, y dice de qué color es el verde.

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L’OCEAN AVARE

Et celui qui demeure en amour demeure en Dieu, ou sans lui.
Il n’existe pas encore de créature qui n’ait été ni bonne ni mauvaise.
Défenseur de la vérité, Rimbaud a tressé dans le ciel son séjour.
Pendant que je dormais : la braise de ce que mangions hier.
Je vais aller à Charleville avec de l’argent emprunté depuis le ciel.

Tuer l’individu, l’expérience… Lâcher une larme. La dissimuler.
Vivre dans la fraternité du silence… Perpétuel.
Je veux écrire avec le cœur, et oublier ce que je suis en train de faire.
Je veux écrire comme l’air est dans le monde.
L’océan est avare, disait celui qui a multiplié la science
et il l’a acculée à une fenêtre illuminée par le soleil :
faisant exploser les conduits qui relient la baleine au ciel.
Plus tard, la couronne n’a pas atteint la montagne :
et on a fait des clins d’œil avec la complicité d’un père.
Ce ne furent pas ses amis qui ont trahi
– une ou deux idées réveillées – le premier matin.

Il existe toujours une métaphore qui ressemble plus au propriétaire de la terre:
enfermer l’animal, lui donner à manger et à boire ;
non seulement pour qu’il reproduise sa peau :
le champ est vert, et dit de quelle couleur est le vert.

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BRISA

Es la naturaleza que respira,
profundo, y deja caer su claro brote
de verdor: la estación más parecida
es húmeda y de campo. El coyote
roba maíz, el murciélago anida
sobre la habitación de un Sacerdote.
El pasto se arrodilla, los cabellos
bailan, la arena crece… Los ancianos
invocan al imbécil rey. Son ellos,
las cáscaras vaciadas, los paganos,
que no escuchan al frío aire nacer…
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BRISE

C’est la nature qui respire,
profondément, et laisse tomber son clair bourgeon
de verdure : la saison qui lui ressemble le plus
est humide et de champ. Le coyote
vole du maïs, la chauve-souris nidifie
au-dessus de la chambre d’un prêtre.
Le pâturage s’agenouille, les cheveux
dansent, le sable pousse… Les anciens
invoquent l’imbécile roi. Ce sont eux,
les coquilles vidées, les païens,
qui n’écoutent pas naître l’air frais…

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DESALOJO DE LA NATURALEZA

Bajemos juntos a sentir el desalojo.
Escuchar el viento que se mueve
por encima del trigo:
la aguda guerra de metal.

Un estruendo de plata
corroe lo vivo,
separa a cada una de las cosas
que existen en el mundo.

Caen ahora los primeras gotas.
La fiera tormenta confederada
se afianza para siempre
dentro de los muros de las ciudades.
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DELOGEMENT DE LA NATURE

Descendons ensemble sentir le délogement.
Ecouter le vent qui remue
au-dessus du blé :
la guerre vive du métal.

Un grondement d’argent
ronge le vif,
sépare chacune des choses
qui existent dans le monde.

Tombent à présent les premières gouttes.
La féroce tempête confédérée
s’affirme pour toujours
à l’intérieur des murs des villes.

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JJJ
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Cet ouvrage a été achevé d’imprimer
sur les presses de l’imprimerie La Gutenberg 1, rue Guynemer 19000 Tulle
ISBN 978-2-36426-233-1
Dépôt légal : 3ème trimestre 2018
Imprimé en France