El sol | Charles Baudelaire

Extraído de Oeuvres complètes de Charles Baudelaire, Paris : Éditions de la Nouvelle revue française, 1918 | Traducción de Rodrigo Arriagada Zubieta | Buenos Aires Poetry, 2020. 

El sol

A lo largo de los suburbios, donde penden las chozas,
las persianas, refugio de lujurias secretas,
cuando el sol hiere redoblando sus esfuerzos
sobre la ciudad y los campos, sobre los tejados y trigales,
quisiera ejercitarme solitario en mi esgrima fantástica
husmeando en todos los rincones los azares de la rima,
tropezando sobre las sílabas como sobre los adoquines,
chocando a veces con versos hace tiempo soñados.

Ese padre nutricio, enemigo de la clorosis,
despierta en los campos los versos y las rosas;
evapora las preocupaciones hacia el cielo,
y llena los cerebros y las colmenas con miel.
Es él quien rejuvenece a los que llevan muletas
y los torna dulces y alegres como las muchachas,
y a las mieses ordena crecer y madurar
¡en el corazón inmortal que siempre espera florecer!

Entonces, cuando como un poeta, desciende a las ciudades,
ennoblece la suerte de las cosas más viles,
y penetra como rey, sin séquito ni pompa,
en todos los hospitales y en todos los palacios.

Le soleil

Le long du vieux faubourg, où pendent aux masures
Les persiennes, abri des secrètes luxures,
Quand le soleil cruel frappe à traits redoublés
Sur la ville et les champs, sur les toits et les blés,
Je vais m’exercer seul à ma fantasque escrime,
Flairant dans tous les coins les hasards de la rime,
Trébuchant sur les mots comme sur les pavés,
Heurtant parfois des vers depuis longtemps rêvés.

Ce père nourricier, ennemi des chloroses,
Éveille dans les champs les vers comme les roses;
Il fait s’évaporer les soucis vers le ciel,
Et remplit les cerveaux et les ruches de miel.
C’est lui qui rajeunit les porteurs de béquilles
Et les rend gais et doux comme des jeunes filles,
Et commande aux moissons de croître et de mûrir
Dans le coeur immortel qui toujours veut fleurir!

Quand, ainsi qu’un poëte, il descend dans les villes,
Il ennoblit le sort des choses les plus viles,
Et s’introduit en roi, sans bruit et sans valets,
Dans tous les hôpitaux et dans tous les palais.

Extraído de Oeuvres complètes de Charles Baudelaire, Paris : Éditions de la Nouvelle revue française, 1918 | Traducción de Rodrigo Arriagada Zubieta | Buenos Aires Poetry, 2020.