Paisaje | Charles Baudelaire

Extraído de Oeuvres complètes de Charles Baudelaire, Paris : Éditions de la Nouvelle revue française, 1918 | Traducción de Rodrigo Arriagada Zubieta | Buenos Aires Poetry, 2020. 

Paisaje

Deseo, para componer castamente mis églogas,
dormir de cara al cielo, como los astrólogos,
y, vecino de los campanarios, escuchar entre sueños
sus himnos solemnes arrastrados por el viento.
Las manos en el mentón, desde lo alto de mi buhardilla,
veré el taller que canta y baila;
las chimeneas, los campanarios, los mástiles de la ciudad,
y los amplios cielos presagios de eternidad.

Es dulce ver nacer, a través de la bruma,
la estrella en el azul, la lámpara en la ventana,
alzarse al firmamento los ríos de carbón
y derramar la luna su pálido encanto.
Veré las primaveras, los veranos, los otoños;
y al llegar el invierno de monótonas nieves,
cerraré por doquier puertas y postigos
para erigir en la noche mis feéricos1 palacios.
Entonces soñaré con horizontes azulados,
jardines, surtidores quejándose en el mármol,
con besos, y con pájaros cantando mañana y tarde,
y todo cuanto el Idilio alberga de más infantil.
El Motín, atronando en vano mi ventana,
no provocará que del pupitre alce mi frente;
porque estaré inmerso en la voluptuosidad
de evocar la Primavera a mi antojo,
arrancar un sol de mi corazón, y hacer
de mis pensamientos ardientes una cálida atmósfera.

Paysage

Je veux, pour composer chastement mes églogues,
Coucher auprès du ciel, comme les astrologues,
Et, voisin des clochers, écouter en rêvant
Leurs hymnes solennels emportés par le vent.
Les deux mains au menton, du haut de ma mansarde,
Je verrai l’atelier qui chante et qui bavarde;
Les tuyaux, les clochers, ces mâts de la cité,
Et les grands ciels qui font rêver d’éternité.

Il est doux, à travers les brumes, de voir naître
L’étoile dans l’azur, la lampe à la fenêtre,
Les fleuves de charbon monter au firmament
Et la lune verser son pâle enchantement.
Je verrai les printemps, les étés, les automnes;
Et quand viendra l’hiver aux neiges monotones,
Je fermerai partout portières et volets
Pour bâtir dans la nuit mes féeriques palais.
Alors je rêverai des horizons bleuâtres,
Des jardins, des jets d’eau pleurant dans les albâtres,
Des baisers, des oiseaux chantant soir et matin,
Et tout ce que l’Idylle a de plus enfantin.
L’Émeute, tempêtant vainement à ma vitre,
Ne fera pas lever mon front de mon pupitre;
Car je serai plongé dans cette volupté
D’évoquer le Printemps avec ma volonté,
De tirer un soleil de mon coeur, et de faire
De mes pensers brûlants une tiède atmosphère.